L’essentiel en 30 secondes
Vous pouvez désigner à peu près n’importe qui. L’article L.132-8 du Code des assurances n’exige aucun lien de famille : un conjoint, un concubin, un ami, un petit-enfant, une association. Il exige une seule chose, que le bénéficiaire soit identifiable au jour du décès.
Quatre désignations sont pourtant impossibles : un soignant qui vous a soigné pour la maladie dont vous mourez, un mandataire judiciaire à la protection des majeurs, un ministre du culte, et un animal.
Le lien de parenté ne change pas le droit de recevoir, il change l’impôt. Pour des primes versées avant 70 ans, tout bénéficiaire a droit à 152 500 € d’abattement. Après 70 ans, on retombe sur les droits de succession, et l’écart devient brutal : 1 594 € d’abattement pour un petit-enfant contre 152 500 € avant.
Une désignation acceptée devient irrévocable, et vous prive du droit de racheter votre propre contrat sans l’accord du bénéficiaire.
Au sommaire
- La règle : liberté quasi totale, une seule condition
- Testeur : cette désignation tient-elle, et que touche la personne ?
- Les 15 situations, une par une
- Les quatre désignations que la loi refuse
- Conjoint, PACS, concubin : trois statuts, trois traitements
- Enfant mineur et petit-enfant : ce qui se passe vraiment
- Le bénéficiaire acceptant, ou le point de non-retour
- Bénéficiaire décédé, introuvable, ou absent de la clause
- Vous pensez être bénéficiaire : la démarche exacte
- Les risques à connaître
- Questions fréquentes
La question « qui peut être bénéficiaire d’une assurance vie » attend en réalité deux réponses, et la plupart des pages n’en donnent qu’une. La première est juridique : la loi vous laisse une liberté que peu de gens mesurent, avec quatre exceptions précises. La seconde est fiscale, et c’est celle qui coûte de l’argent : à capital égal, la même personne peut recevoir 100 % de la somme ou en perdre 60 %, selon son lien avec vous et selon l’âge auquel vous avez versé les primes.
Cette page traite les deux, situation par situation, avec un outil qui chiffre le résultat. Si vous cherchez le texte à recopier dans votre clause, c’est ailleurs : nous avons publié 11 modèles de clause bénéficiaire prêts à l’emploi, avec un générateur et le courrier d’avenant à envoyer à l’assureur. Ici, on répond à la question d’avant : qui mettre dans cette clause, et ce que ça implique.
La règle : liberté quasi totale, une seule condition
Le texte de référence est l’article L.132-8 du Code des assurances. Il ne dresse aucune liste de personnes autorisées. Il pose une condition de fond, et une seule :
« Est considérée comme faite au profit de bénéficiaires déterminés la stipulation par laquelle le bénéfice de l’assurance est attribué à une ou plusieurs personnes qui, sans être nommément désignées, sont suffisamment définies dans cette stipulation pour pouvoir être identifiées au moment de l’exigibilité du capital ou de la rente garantis. »
Article L.132-8 du Code des assurances, alinéa 2.
Tout est là. Le bénéficiaire n’a pas besoin d’être nommé, ni d’être de votre famille, ni même d’être une personne physique. Il doit être identifiable au moment du décès. C’est pour cette raison que « mes enfants nés ou à naître » est parfaitement valable, alors que « mes voisins » ne l’est pas : l’assureur saura retrouver les premiers, pas les seconds.

L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, la Banque de France et l’AMF le confirment sur leur portail commun ABE Infoservice : le bénéficiaire « peut être une personne physique (père, mère, conjoint, enfants, ou toute autre personne de votre choix) mais aussi une personne morale (une association caritative par exemple) ».
Trois conséquences que l’on sous-estime
- Le capital sort de la succession. L’article L.132-12 précise que le capital payable à un bénéficiaire déterminé « ne fait pas partie de la succession de l’assuré », et que le bénéficiaire « est réputé y avoir eu seul droit à partir du jour du contrat ». Il ne reçoit donc pas un héritage : il reçoit l’exécution d’une stipulation faite à son profit.
- Les règles de la réserve héréditaire ne s’appliquent pas. L’article L.132-13 écarte le rapport à succession et la réduction pour atteinte à la réserve. Un enfant déshérité de l’assurance vie n’a, en principe, rien à réclamer.
- Mais la liberté a une limite financière. Le même article L.132-13 réserve le cas des primes « manifestement exagérées eu égard aux facultés » du souscripteur. C’est la seule vraie porte d’entrée d’un recours des héritiers.
Cette page traite du bénéficiaire, celui qui reçoit. La capacité à souscrire est une autre question, plus restrictive : d’après service-public.gouv.fr, un majeur en tutelle ne peut pas souscrire seul, son tuteur le fait après autorisation du juge, et un mineur non émancipé ne souscrit pas non plus. Un mineur peut en revanche être bénéficiaire sans aucune restriction.
Testeur : cette désignation tient-elle, et que touche la personne ?
Choisissez le lien de la personne avec l’assuré, l’âge auquel les primes ont été versées, et le montant qui lui revient. L’outil vous dit si la désignation est licite, quel abattement s’applique, et ce qu’il reste réellement après impôt.
Testeur de désignation de bénéficiaire
15 situations, le régime fiscal réel de chacune et le montant net. Barèmes 2026.
Verdict
Désignation possible
Oui. La désignation « mes enfants nés ou à naître » est expressément validée par l’article L.132-8.
Abattement applicable
152 500 €
Assiette taxable
47 500 €
Impôt estimé
9 500 €
Reste au bénéficiaire
190 500 €
Ajoutez « vivants ou représentés » : sans cette mention, la part d’un enfant prédécédé ne descend pas à ses propres enfants.
Abattement de 152 500 € par enfant, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I du CGI).
Hypothèses de calcul : montants et barèmes 2026. Régime avant 70 ans, le prélèvement de l’article 990 I est calculé exactement (abattement de 152 500 € par bénéficiaire, tous contrats du même assuré confondus). Régime après 70 ans, l’abattement global de 30 500 € est réparti à parts égales entre les bénéficiaires, et les droits de succession sont calculés en supposant votre abattement personnel encore entier. S’il est déjà consommé par le reste de la succession, les droits réels sont plus élevés. Les prélèvements sociaux de 17,2 % sur les gains ne sont pas repris ici. Information générale, qui ne remplace pas un conseil professionnel.
Le tableau de référence
Les 15 situations, une par une
C’est ce tableau que l’outil ci-dessus interroge. Il se lit aussi seul : chaque ligne donne le droit de recevoir, le régime fiscal dans les deux cas d’âge, et le piège propre à la situation.
| Personne désignée | Peut-elle être bénéficiaire ? | Primes versées avant 70 ans | Primes versées après 70 ans | Le point de vigilance |
|---|---|---|---|---|
| Conjoint marié | Oui, sans restriction. L’assurance faite au profit du conjoint profite à la personne qui a cette qualité au jour du décès. | Exonération totale du prélèvement, par renvoi de l’article 990 I à l’article 796-0 bis du CGI. | Exonération totale de droits de succession (article 796-0 bis du CGI). | « Mon conjoint » désigne l’époux du jour du décès : un divorce prononcé entre-temps efface la désignation, un remariage la transfère au nouveau conjoint. |
| Partenaire de PACS | Oui. Le partenaire lié par un PACS est traité comme le conjoint pour la fiscalité. | Exonération totale du prélèvement (article 796-0 bis du CGI). | Exonération totale de droits de succession (article 796-0 bis du CGI). | L’exonération suppose que le PACS existe toujours au jour du décès. Une dissolution fait tomber l’avantage sans prévenir personne. |
| Concubin, union libre sans PACS | Oui. Aucun lien juridique n’est exigé pour recevoir le bénéfice d’un contrat. | Abattement de 152 500 €, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I). | Droits de succession à 60 % après un abattement personnel de 1 594 €. | C’est le cas où l’assurance vie change tout : hors assurance vie, un concubin est taxé à 60 % dès le premier euro. Versez avant 70 ans. |
| Enfant majeur | Oui. La désignation « mes enfants nés ou à naître » est expressément validée par l’article L.132-8. | Abattement de 152 500 € par enfant, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I du CGI). | Droits de succession au barème en ligne directe, après l’abattement personnel de 100 000 € (article 757 B). | Ajoutez « vivants ou représentés » : sans cette mention, la part d’un enfant prédécédé ne descend pas à ses propres enfants. |
| Enfant mineur | Oui. Un mineur peut parfaitement être bénéficiaire, la loi ne fixe aucun âge minimum. | Abattement de 152 500 € par enfant, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I du CGI). | Droits de succession au barème en ligne directe, après l’abattement personnel de 100 000 € (article 757 B). | Le capital est versé au représentant légal, qui l’administre jusqu’aux 18 ans de l’enfant. Si c’est votre ex-conjoint, c’est lui qui gère la somme. |
| Petit-enfant | Oui, et c’est l’un des usages les plus efficaces de l’assurance vie. | Abattement de 152 500 € par petit-enfant, puis 20 % puis 31,25 % (article 990 I). | Droits de succession au barème en ligne directe, mais après un abattement personnel de 1 594 € seulement (article 788 du CGI). | L’écart entre les deux régimes est ici maximal : 152 500 € d’abattement avant 70 ans contre 1 594 € après. L’âge des versements décide de presque tout. |
| Frère ou sœur remplissant les 3 conditions d’exonération | Oui, et l’exonération devient totale si les trois conditions de l’article 796-0 ter du CGI sont réunies. | Exonération du prélèvement, par renvoi de l’article 990 I à l’article 796-0 ter. | Exonération totale de droits de succession. | Trois conditions cumulatives : être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps ; avoir plus de 50 ans ou être infirme ; avoir vécu chez le défunt pendant les 5 années précédant le décès. |
| Frère ou sœur hors de ces conditions | Oui, sans condition particulière pour la désignation elle-même. | Abattement de 152 500 €, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I). | Droits de succession à 35 % jusqu’à 24 430 € puis 45 % au-delà, après un abattement personnel de 15 932 €. | Un frère ou une sœur marié ne peut jamais bénéficier de l’exonération de l’article 796-0 ter, même en vivant chez le défunt. |
| Neveu ou nièce | Oui, aucune condition n’est posée. | Abattement de 152 500 €, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I). | Droits de succession à 55 % après un abattement personnel de 7 967 €. | Le passage de 152 500 € à 7 967 € d’abattement rend les versements après 70 ans particulièrement coûteux dans ce cas. |
| Ami, voisin, personne sans lien de parenté | Oui. L’article L.132-8 n’exige aucun lien de famille. | Abattement de 152 500 €, puis 20 % jusqu’à 700 000 € et 31,25 % au-delà (article 990 I). | Droits de succession à 60 % après un abattement personnel de 1 594 €. | C’est la configuration la plus exposée au recours des héritiers pour primes manifestement exagérées. Identifiez la personne avec précision. |
| Association ou fondation d’intérêt général | Oui. Une personne morale peut être bénéficiaire, ABE Infoservice le confirme explicitement. | Exonération du prélèvement, par renvoi de l’article 990 I aux articles 795 et 795-0 A du CGI. | Exonération de droits de succession pour les organismes visés à l’article 795 du CGI. | L’exonération dépend du statut fiscal exact de l’organisme. Demandez-lui de vous le confirmer par écrit avant d’écrire la clause. |
| Société ou personne morale à but lucratif | Juridiquement possible, mais l’opération sort du cadre patrimonial habituel. | À faire chiffrer par un professionnel : le régime d’un bénéficiaire personne morale à but lucratif ne se réduit pas au barème des personnes physiques. | À faire chiffrer par un professionnel, pour la même raison. | Ne recopiez aucun modèle ici. Faites valider le montage par un notaire ou un avocat fiscaliste avant de signer quoi que ce soit. |
| Un soignant qui vous a soigné pour la maladie dont vous mourez | Non. Cette désignation figure parmi celles que la loi refuse. | Sans objet. | Sans objet. | ABE Infoservice cite expressément les membres des professions médicales parmi les désignations impossibles, dans le prolongement de l’article 909 du Code civil. |
| Mandataire judiciaire à la protection des majeurs, ou ministre du culte | Non. Ces deux qualités figurent aussi parmi les désignations interdites. | Sans objet. | Sans objet. | Même logique de protection que pour les soignants : la loi présume l’influence exercée sur une personne rendue vulnérable. |
| Un animal | Non. Un animal n’a pas de personnalité juridique et ne peut rien recevoir. | Sans objet. | Sans objet. | La solution consiste à désigner une association de protection animale, en l’identifiant par sa dénomination exacte et son adresse. |
La liste noire
Les quatre désignations que la loi refuse
C’est le point le plus mal traité du web francophone, alors qu’il figure noir sur blanc sur le portail commun de la Banque de France, de l’ACPR et de l’AMF. ABE Infoservice écrit qu’il n’est « par exemple pas possible de désigner comme bénéficiaires de votre contrat d’assurance vie » :
- les membres de professions médicales qui vous auraient soigné dans le cadre de la maladie à l’origine de votre décès ;
- des mandataires judiciaires à la protection des majeurs ;
- des ministres du culte ;
- des animaux.
Les trois premières interdictions prolongent la même idée, portée par l’article 909 du Code civil : « Les membres des professions médicales et de la pharmacie, ainsi que les auxiliaires médicaux qui ont prodigué des soins à une personne pendant la maladie dont elle meurt ne peuvent profiter des dispositions entre vifs ou testamentaires qu’elle aurait faites en leur faveur pendant le cours de celle-ci. » Le même article étend la règle aux mandataires judiciaires à la protection des majeurs et aux ministres du culte. La loi présume l’influence, et n’attend pas la preuve d’un abus.
La quatrième est d’une autre nature. Un animal n’est pas une personne : il ne peut être titulaire d’aucun droit, donc ne peut être bénéficiaire de rien. Le réflexe utile est de désigner une association de protection animale, identifiée par sa dénomination exacte, et d’indiquer dans la clause l’objet du legs si vous voulez qu’il serve à l’accueil d’un animal précis.

La cinquième limite, celle qui se juge après coup
À côté de ces quatre interdictions, il existe une limite d’un autre ordre, qui ne se voit pas au moment de la rédaction : les primes manifestement exagérées. L’article L.132-13 du Code des assurances écarte les règles de la réserve héréditaire, sauf si les sommes versées ont été « manifestement exagérées eu égard aux facultés » du souscripteur.
Il n’existe aucun seuil légal
Aucun texte ne dit « au-delà de X % de votre patrimoine ». ABE Infoservice rappelle qu’« en cas de recours de vos héritiers, les juges apprécient cette notion au regard notamment de vos revenus, de votre patrimoine, de votre contexte familial ». Un versement de 80 000 € peut être jugé exagéré pour un retraité modeste et parfaitement normal pour un patrimoine de deux millions. Le risque monte quand le bénéficiaire est extérieur à la famille et que les versements sont tardifs, massifs et concentrés.
Les trois statuts du couple
Conjoint, PACS, concubin : trois statuts, trois traitements
Les trois peuvent être bénéficiaires. La différence est entièrement fiscale, et elle est spectaculaire.
Conjoint marié
Exonéré dans les deux régimes, quel que soit le montant, depuis la loi du 21 août 2007. Attention : « mon conjoint » désigne l’époux du jour du décès, pas celui du jour de la souscription.
Partenaire de PACS
Même exonération totale que le conjoint, à la condition que le PACS soit toujours en vigueur au décès. Une dissolution suffit à faire réapparaître les 60 %.
Concubin
Aucune exonération. Mais l’assurance vie lui ouvre 152 500 € d’abattement pour les primes versées avant 70 ans, là où une succession classique le taxe à 60 % dès le premier euro.
Exemple chiffré
Un souscripteur de 62 ans verse 200 000 € sur un contrat, au bénéfice de sa compagne avec qui il vit sans être marié ni pacsé. Il décède. Le capital vaut alors 200 000 €.
Les mêmes 200 000 € transmis par testament, hors assurance vie, auraient supporté 60 % de droits après un abattement de 1 594 €, soit environ 119 044 € d’impôt. L’écart dépasse 109 000 €.
Le réflexe qui protège vraiment le conjoint
Désigner son conjoint bénéficiaire ne sert fiscalement à rien, puisqu’il est déjà exonéré de droits de succession. L’intérêt est ailleurs : la liquidité immédiate hors succession, sans attendre le règlement notarial. Si votre objectif est de protéger le survivant sur la durée, regardez plutôt la co-souscription du contrat, ou le démembrement de la clause entre usufruit pour le conjoint et nue-propriété pour les enfants.
Les générations suivantes
Enfant mineur et petit-enfant : ce qui se passe vraiment
Un mineur peut recevoir, mais il ne gère pas
Aucun texte n’interdit de désigner un enfant mineur. Le capital lui appartient dès le décès de l’assuré. Mais il ne peut pas en disposer : c’est son représentant légal qui l’administre jusqu’à sa majorité. Cette évidence juridique produit une conséquence que beaucoup de souscripteurs découvrent trop tard.
Le cas du parent séparé
Si vous désignez votre enfant mineur et que l’autre parent exerce l’autorité parentale, c’est cet autre parent qui administrera la somme jusqu’aux 18 ans de l’enfant. Y compris s’il s’agit de l’ex-conjoint dont vous vous êtes séparé dans la douleur. C’est l’un des motifs les plus fréquents de refonte de clause après un divorce, sujet que nous détaillons dans assurance vie et divorce.
Deux garde-fous existent, et ils se rédigent au moment de la clause, pas après : confier la somme à un tiers de confiance par un démembrement de la clause (usufruit à ce tiers, nue-propriété à l’enfant), ou prévoir un pacte adjoint encadrant l’usage des fonds. Pour un enfant en situation de handicap, la mécanique est encore différente et nous lui avons consacré un guide dédié sur la clause bénéficiaire d’un enfant handicapé.
Le petit-enfant, ou la démonstration par l’absurde de l’âge pivot
C’est ici que l’âge des versements devient déterminant. Un petit-enfant bénéficie, comme tout le monde, de 152 500 € d’abattement sur les primes versées avant les 70 ans de l’assuré. Sur les primes versées après 70 ans, il retombe dans les droits de succession, avec un abattement personnel de 1 594 € seulement, puisque l’abattement de 100 000 € en ligne directe est réservé aux enfants.
96×
C’est le rapport entre l’abattement dont dispose un petit-enfant sur les primes versées avant 70 ans (152 500 €) et celui qui s’applique après 70 ans (1 594 €). Pour un même contrat, un même bénéficiaire, une même somme.
Autrement dit : sur ce profil, la question n’est pas « qui désigner » mais « quand verser ». Nous détaillons les arbitrages de calendrier dans ouvrir une assurance vie après 70 ans.
L’acceptation
Le bénéficiaire acceptant, ou le point de non-retour
Tant que le bénéficiaire n’a rien signé, vous restez libre : vous pouvez le remplacer par une autre personne, à tout moment, jusqu’à votre décès. C’est l’alinéa 6 de l’article L.132-8. Mais s’il accepte formellement le bénéfice du contrat, la mécanique se referme.
« La stipulation en vertu de laquelle le bénéfice de l’assurance est attribué à un bénéficiaire déterminé devient irrévocable par l’acceptation de celui-ci. Pendant la durée du contrat, après acceptation du bénéficiaire, le stipulant ne peut exercer sa faculté de rachat et l’entreprise d’assurance ne peut lui consentir d’avance sans l’accord du bénéficiaire. »
Deux effets, et le second est celui qu’on oublie :
- Vous ne pouvez plus changer de bénéficiaire. La désignation est gravée. Un divorce, une brouille, une naissance n’y changeront rien sans l’accord écrit de la personne acceptante.
- Vous ne pouvez plus racheter votre propre contrat. C’est votre argent, sur votre contrat, et il vous faut désormais l’accord du bénéficiaire pour en retirer un euro ou obtenir une avance. Beaucoup de souscripteurs signent l’acceptation sans avoir compris ce point.

Depuis la loi du 17 décembre 2007, l’acceptation ne peut plus être unilatérale. Elle prend l’une des deux formes prévues au II de l’article L.132-9 : un avenant signé par l’assureur, le souscripteur et le bénéficiaire, ou un acte authentique ou sous seing privé signé du souscripteur et du bénéficiaire, qui ne produit effet à l’égard de l’assureur qu’une fois notifié par écrit. Le même texte impose un délai de réflexion : lorsque la désignation est faite à titre gratuit, l’acceptation ne peut intervenir que trente jours au moins après que le souscripteur a été informé de la conclusion du contrat.
Le dernier alinéa du II est explicite : « Après le décès de l’assuré ou du stipulant, l’acceptation est libre. » Un bénéficiaire qui apprend sa désignation après le décès n’a aucune formalité tripartite à accomplir. Il peut d’ailleurs aussi renoncer, et le capital passe alors au rang suivant de la clause, ou à défaut dans la succession.
Les trois façons de perdre l’avantage
Bénéficiaire décédé, introuvable, ou absent de la clause
Aucun bénéficiaire désigné : le capital rentre dans la succession
L’article L.132-11 tient en une phrase : « Lorsque l’assurance en cas de décès a été conclue sans désignation d’un bénéficiaire, le capital ou la rente garantis font partie du patrimoine ou de la succession du contractant. » Toute la fiscalité de faveur disparaît. Le capital est réparti entre les héritiers selon les règles de dévolution et supporte les droits de succession ordinaires. Le sujet est traité en détail dans assurance vie dans la succession ou hors succession.
Le bénéficiaire est décédé avant l’assuré
Si la clause ne prévoit rien d’autre, ABE Infoservice est net : « en l’absence de désignation d’autres bénéficiaires, le capital sera attribué à vos héritiers selon les règles du droit des successions » et, dans ce cas, « les avantages fiscaux liés au régime de l’assurance vie ne seront pas applicables ».
Deux formules empêchent ce résultat, et elles ne coûtent rien à écrire :
- « vivants ou représentés » : sans cette mention, la part d’un enfant prédécédé ne descend pas à ses propres enfants, elle se répartit entre les autres bénéficiaires du même rang.
- « à défaut, mes héritiers » : le rang subsidiaire. ABE Infoservice recommande de l’intégrer systématiquement. Il évite qu’un accident de calendrier vide la clause.
Bon à savoir sur « mes héritiers »
L’alinéa 5 de l’article L.132-8 précise que les héritiers ainsi désignés « ont droit au bénéfice de l’assurance en proportion de leurs parts héréditaires » et qu’« ils conservent ce droit en cas de renonciation à la succession ». Un héritier peut donc refuser une succession déficitaire et encaisser malgré tout sa part d’assurance vie.
Le bénéficiaire est introuvable : le contrat part en déshérence
C’est le troisième scénario, et le plus silencieux. Les assureurs ont l’obligation légale de chercher. L’article L.132-9-3 leur impose de s’informer « au moins chaque année » du décès éventuel de l’assuré, en consultant par l’intermédiaire de leurs organismes professionnels le répertoire national d’identification des personnes physiques. Et l’alinéa 7 de l’article L.132-8 ajoute que l’assureur informé du décès « est tenu de rechercher le bénéficiaire, et, si cette recherche aboutit, de l’aviser de la stipulation effectuée à son profit ».
Quand la recherche échoue, un compte à rebours démarre.

| Étape | Durée | Ce qui se passe |
|---|---|---|
| L’assureur cherche | 10 ans | À compter de la connaissance du décès. Six mois avant l’échéance, il doit informer le souscripteur et les bénéficiaires de la mise en œuvre du transfert. |
| La Caisse des Dépôts conserve | 20 ans | Les capitaux non versés sont transférés à la CDC. Les supports en unités de compte sont liquidés : seules des sommes en numéraire sont déposées. |
| L’État encaisse | au bout de 30 ans | Sans manifestation du titulaire ni de ses ayants droit, les avoirs sont définitivement acquis à l’État. Plus aucune restitution n’est possible. |

La démarche
Vous pensez être bénéficiaire : la démarche exacte
C’est la question la plus posée à Google sur ce sujet, et la réponse tient en deux guichets, l’un pour les décès récents, l’autre pour les décès anciens. Les deux sont gratuits.
Décès de moins de 10 ans : l’AGIRA
Le droit de poser la question est inscrit à l’article L.132-9-2 du Code des assurances : « Toute personne physique ou morale peut demander par lettre ou tout autre support durable à un ou plusieurs organismes professionnels représentatifs […] à être informée de l’existence d’une stipulation effectuée à son bénéfice dans une police souscrite par une personne physique dont elle apporte, par tout moyen, la preuve du décès. »
La saisine pas à pas, les pièces exigées, les délais que la loi rend opposables à l’assureur et les recours quand il ne répond pas sont dépliés dans notre guide de la démarche pour savoir si on est bénéficiaire.
L’organisme habilité est l’AGIRA. La procédure est publiée sur son site :

- Réunissez les pièces. La copie de l’acte de décès du souscripteur, délivrée gratuitement par la mairie du lieu du décès ou du dernier domicile, même sans lien de parenté avec le défunt. Plus vos nom, prénom et adresse postale, et les nom, prénoms, dates de naissance et de décès du défunt. L’AGIRA prévient qu’une saisine incomplète est rejetée et le dossier déclaré irrecevable.
- Déposez la demande. Par le formulaire en ligne de l’AGIRA, ou par courrier simple à AGIRA Recherche Contrats Assurance Vie. L’adresse postale a changé récemment : vérifiez-la sur agira-vie.fr avant l’envoi, plusieurs sources officielles n’affichent pas encore la même.
- L’AGIRA transmet en 15 jours. Le délai est fixé par l’article L.132-9-2 : l’organisme adresse la demande à toutes les entreprises agréées pour les opérations d’assurance vie. Vous recevez un accusé de réception de la transmission, pas une réponse sur le fond.
- Les assureurs répondent en 1 mois, mais seulement s’il y a un contrat. Le point qui déroute : si vous n’êtes bénéficiaire d’aucun contrat, personne ne vous écrit. L’absence de réponse est la réponse.
Décès de plus de 10 ans : Ciclade
Passé ce délai, les capitaux ne sont plus chez l’assureur. Ils sont à la Caisse des Dépôts, et la recherche se fait sur le service public Ciclade, également gratuit. Il couvre les contrats d’assurance vie, les contrats d’assurance avec valeur de rachat et les contrats de retraite supplémentaire. Pour les seuls contrats d’épargne retraite, la Caisse des Dépôts renvoie en complément vers info-retraite.fr.
Une fois le contrat identifié : les délais de paiement
L’article L.132-23-1 encadre l’assureur des deux côtés, et prévoit des intérêts de retard majorés qui jouent en votre faveur.
- 15 jours pour vous demander les pièces nécessaires, à compter de la réception de l’avis de décès et de la connaissance de vos coordonnées. Au-delà, le capital produit de plein droit intérêt au double du taux légal pendant un mois, puis au triple.
- 1 mois pour verser le capital à compter de la réception des pièces. Au-delà, le capital non versé produit intérêt au double du taux légal pendant deux mois, puis au triple.
- Pas de pièces redondantes. Le texte interdit à l’assureur de réclamer plusieurs fois les mêmes documents, et précise qu’un oubli de sa part dans la demande de pièces n’est pas suspensif du délai de versement.
Aucun versement préalable ne peut vous être demandé
ABE Infoservice met en garde : « le règlement du capital décès d’une assurance vie ne peut être subordonné à un versement de fonds préalable de la part du ou des bénéficiaires désignés ». L’assureur ne peut pas non plus déduire du capital les frais de sa propre obligation de recherche. Toute personne qui vous demande de l’argent ou un mandat pour « débloquer » une assurance vie doit être traitée comme une tentative d’escroquerie.
Et la déclaration fiscale
Quand les primes ont été versées après les 70 ans de l’assuré, la part taxable relève des droits de succession : la déclaration se fait par une déclaration partielle de succession, formulaire 2705-A, déposée au service d’enregistrement du domicile du défunt, à raison d’un formulaire par compagnie d’assurance, dans les 6 mois du décès en France métropolitaine. Pour les primes versées avant 70 ans, c’est l’assureur qui prélève et reverse. Le détail des cas se trouve sur impots.gouv.fr et dans notre guide de la fiscalité de l’assurance vie.
La LFSS 2026 a porté les prélèvements sociaux sur les revenus du capital à 18,6 % au 1er janvier 2026, mais les produits attachés aux contrats d’assurance vie comportant une valeur de rachat en sont expressément exclus, d’après impots.gouv.fr. Le taux applicable reste 17,2 %. Seuls les contrats de rente-survie et épargne handicap passent à 18,6 %. Beaucoup de pages se trompent sur ce point, y compris récentes. Nous le détaillons dans prélèvements sociaux sur l’assurance vie.
Avant de signer
Les risques à connaître
Six risques réels, à mesurer avant de désigner qui que ce soit
1. L’acceptation vous enferme. Elle rend la clause irrévocable et bloque votre faculté de rachat. Ne signez pas un avenant d’acceptation sans avoir mesuré que vous perdez l’accès à votre propre épargne.
2. Les primes manifestement exagérées. Aucun seuil légal, une appréciation au cas par cas par le juge, et un risque de réintégration à la succession qui frappe surtout les versements tardifs et massifs au profit d’un tiers.
3. La clause périmée. Un divorce, une rupture de PACS, une naissance, un décès : la situation prise en compte est celle du jour du décès. Une clause écrite il y a quinze ans et jamais relue est une bombe à retardement.
4. La perte de l’avantage fiscal. Bénéficiaire prédécédé sans rang subsidiaire, ou clause absente : le capital rentre dans la succession et perd les abattements de l’assurance vie.
5. La déshérence. Un bénéficiaire jamais prévenu, un assureur qui ne le retrouve pas, et le capital finit à l’État au bout de 30 ans.
6. Le risque de placement lui-même. Sur les unités de compte, le capital n’est pas garanti et peut baisser. Ce qui sera transmis n’est pas ce que vous avez versé, en plus comme en moins.
Cet article donne une information générale, à jour des textes et des barèmes 2026. Il ne remplace pas un conseil professionnel. Une clause bénéficiaire engage votre patrimoine sur plusieurs décennies : faites-la relire par votre assureur, un notaire ou un conseiller en gestion de patrimoine, en particulier si votre situation familiale est recomposée, si le bénéficiaire est extérieur à la famille, ou si les montants en jeu sont significatifs par rapport à votre patrimoine total.
Questions fréquentes
Peut-on mettre n’importe qui sur son assurance vie ?
Presque. L’article L.132-8 du Code des assurances n’exige aucun lien de parenté : conjoint, concubin, ami, filleul, association, fondation, tous peuvent être bénéficiaires. Quatre exceptions seulement, listées par ABE Infoservice : un soignant qui vous a soigné pour la maladie dont vous mourez, un mandataire judiciaire à la protection des majeurs, un ministre du culte, et un animal. La seule condition de fond est que le bénéficiaire soit identifiable au jour du décès.
Comment savoir si on est bénéficiaire d’une assurance vie ?
Si le décès a moins de 10 ans, adressez une demande gratuite à l’AGIRA, avec la copie de l’acte de décès du souscripteur et l’identification complète des bénéficiaires potentiels. L’AGIRA transmet à tous les assureurs sous 15 jours, et ceux qui détiennent un contrat à votre nom vous informent sous un mois. Si vous n’êtes bénéficiaire de rien, personne ne vous répond. Si le décès a plus de 10 ans, la recherche se fait sur Ciclade, le service de la Caisse des Dépôts.
Combien de bénéficiaires peut-on désigner ?
Autant que vous voulez, et sur autant de rangs que vous voulez. Vous fixez librement la répartition, qui peut être inégale. ABE Infoservice recommande d’exprimer les parts en pourcentage et non en montants fixes : la valeur du contrat aura évolué entre la souscription et le décès, et une clause « 5 000 € pour l’un, 6 000 € pour l’autre » devient incohérente. Vérifiez aussi que le total fait bien 100 %.
Un enfant mineur peut-il être bénéficiaire d’une assurance vie ?
Oui, sans aucune restriction d’âge. Le capital lui appartient dès le décès, mais son représentant légal l’administre jusqu’à ses 18 ans. Si l’autre parent exerce l’autorité parentale, c’est lui qui gérera la somme, y compris s’il s’agit d’un ex-conjoint. Un démembrement de la clause ou un pacte adjoint permet d’encadrer cet usage, à condition de le prévoir dans la clause.
Faut-il prévenir le bénéficiaire qu’on l’a désigné ?
Rien ne vous y oblige. Mais ABE Infoservice souligne l’intérêt de le faire : c’est la meilleure protection contre la déshérence, quand l’assureur ne retrouve pas le bénéficiaire. Attention toutefois : prévenir ne coûte rien, faire accepter change tout. Une acceptation formalisée rend la clause irrévocable et bloque votre droit de rachat.
Que se passe-t-il si aucun bénéficiaire n’est désigné ?
L’article L.132-11 est sans ambiguïté : le capital fait partie de la succession du contractant. Il est réparti entre les héritiers selon les règles de dévolution successorale et supporte les droits de succession ordinaires. Toute la fiscalité de faveur de l’assurance vie, à commencer par les 152 500 € d’abattement par bénéficiaire, disparaît.
Les héritiers peuvent-ils contester la désignation ?
Le capital échappe en principe au rapport à succession et à la réduction pour atteinte à la réserve, en application de l’article L.132-13. La seule brèche est celle des primes manifestement exagérées eu égard aux facultés du souscripteur, appréciées par le juge au regard des revenus, du patrimoine et du contexte familial. Nous détaillons ce que les héritiers peuvent apprendre dans les héritiers peuvent-ils connaître le bénéficiaire.
Une association peut-elle être bénéficiaire, et paie-t-elle des droits ?
Oui, une personne morale peut être bénéficiaire, ABE Infoservice le confirme. Les organismes visés à l’article 795 du CGI sont exonérés de droits de mutation à titre gratuit, et l’article 990 I écarte alors aussi le prélèvement de 20 %. Tout dépend donc du statut fiscal exact de l’organisme : demandez-lui de vous le confirmer par écrit avant d’écrire la clause.
Le conjoint bénéficiaire paie-t-il quelque chose ?
Non. Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont exonérés de droits de mutation à titre gratuit en application de l’article 796-0 bis du CGI, et l’article 990 I écarte le prélèvement pour les bénéficiaires ainsi exonérés. Cela vaut dans les deux régimes, avant comme après 70 ans, et sans plafond. L’intérêt de les désigner est donc la liquidité immédiate, pas l’économie d’impôt.
Peut-on désigner une personne qui n’est pas encore née ?
Oui, et le texte le prévoit expressément. L’alinéa 3 de l’article L.132-8 cite « les enfants nés ou à naître du contractant, de l’assuré ou de toute autre personne désignée » parmi les désignations réputées suffisamment déterminées. Le bénéficiaire doit simplement exister au moment de l’exigibilité du capital, l’article L.132-9 posant une présomption d’existence à cette date.
Vous savez qui désigner. Reste à savoir où le capital ira vraiment
La même clause produit un résultat différent selon que le capital passe dans la succession ou en dehors. Notre guide de référence explique comment organiser les deux, et comment articuler l’assurance vie avec le reste de votre patrimoine.
Sources primaires. Code des assurances, articles L.132-8, L.132-9, L.132-9-2, L.132-9-3, L.132-11, L.132-12, L.132-13 et L.132-23-1 (Légifrance). Code civil, article 909. Code général des impôts, articles 757 B, 788, 990 I, 795, 796-0 bis et 796-0 ter. ABE Infoservice, portail commun de la Banque de France, de l’ACPR et de l’AMF, « Que faut-il savoir sur la clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance vie » (mise à jour du 2 janvier 2025) et « Que faut-il savoir si je suis bénéficiaire d’un contrat d’assurance vie » (mise à jour du 21 juillet 2025). Service-public.gouv.fr, fiches F15268 et F15269. Impots.gouv.fr, « Je suis bénéficiaire d’une assurance-vie, comment la déclarer ». AGIRA, dispositif Recherche Contrats Assurance Vie. Caisse des Dépôts, service Ciclade. Barèmes et abattements de droits de succession 2026.
Article mis à jour le 30 juillet 2026.
- Devis assurance vie TNS : assurance vie, Madelin ou PER, le comparatif chiffré 2026 - 14 août 2026
- SCPI en nue-propriété ou assurance vie : ce qui n’existe pas, et ce qui rapporte le plus - 12 août 2026
- Compte à terme ou assurance vie : le taux exact qui fait basculer le choix en 2026 - 11 août 2026
