Assurance vie luxembourgeoise et rendement : ce que recouvrent vraiment les 4 à 9 % annoncés

Escalier monumental a cinq marches ouvrant sur des portiques de plus en plus larges, image des cinq categories de souscripteurs d'un contrat luxembourgeois
L’essentiel en 30 secondes

Trois chiffres très différents circulent sous le même mot. Le taux servi par le fonds en euros d’un contrat luxembourgeois (de l’ordre de 2 à 3,4 % au titre de 2025 selon les contrats), la performance passée d’une allocation gérée (d’où les « 4 à 9 % » affichés par une bonne partie des pages qui rankent sur cette requête), et le rendement net qui vous reste une fois les frais de l’enveloppe payés. Ce ne sont pas trois versions du même nombre : ce sont trois choses différentes.

Ce que vous pouvez viser dépend d’abord d’un texte, pas d’un contrat. Depuis le 1er février 2026, la lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances classe chaque souscripteur en cinq catégories (N, A, B, C, D) selon sa prime et sa fortune mobilière déclarée, et chaque catégorie ouvre un univers d’investissement différent. En catégorie N, l’univers est celui d’un bon contrat français.

Le fonds en euros luxembourgeois n’est presque jamais un fonds luxembourgeois. Le document que Sogelife publie pour décrire le sien est le reporting du support en euros de Sogécap, société française régie par le code des assurances.

Information générale, elle ne remplace pas un conseil professionnel. Chiffres datés et sourcés dans le corps de l’article.

« Quel rendement pour une assurance vie luxembourgeoise ? » La question a l’air simple. Les réponses publiées, elles, vont de 1,8 % à 11 % selon la page ouverte, sans que personne n’explique d’où vient l’écart. Ce n’est pas que certaines pages se trompent : c’est qu’elles ne parlent pas de la même chose.

Cet article sépare les trois chiffres, montre celui qui vous concerne selon votre situation, et donne le texte qui décide de ce que vous pouvez réellement détenir dans le contrat. Il ne compare pas des contrats et ne recommande aucun assureur.

Trois chiffres, un seul mot : d’où viennent les écarts

Passez en revue les pages qui répondent aujourd’hui à cette requête et vous trouverez, côte à côte, « 4 à 9 % par an pour des profils prudents et équilibrés », « entre 2 % et 3 % nets », « entre 1,8 % et 2,4 % selon les assureurs » et « jusqu’à 11 % ». Ces chiffres ne se contredisent pas. Ils mesurent trois objets distincts.

Trois colonnes de hauteurs très différentes portant le même chapiteau, illustration du fait que trois chiffres distincts sont présentés sous le seul mot rendement
Trois mesures différentes présentées sous un seul mot. Illustration originale quelleassurancevie.com.

1. Le taux servi par le fonds en euros

C’est le seul des trois qui soit un taux au sens strict : un pourcentage décidé chaque année par l’assureur, définitivement acquis, appliqué à une épargne dont le capital est garanti. Il se constate après coup, il est publié, il est comparable d’un contrat à l’autre. C’est aussi le seul qui puisse être mis en face de la moyenne française.

2. La performance passée d’une allocation

C’est ce que recouvrent presque toujours les « 4 à 9 % ». Un profil « équilibré » ou « dynamique », composé d’unités de compte, a produit tel rendement sur telle période. Rien n’est garanti, rien n’est acquis, et la même allocation a produit des pertes certaines années. Rappel de calibrage utile : l’ACPR mesure la performance moyenne des unités de compte, tous supports confondus, à 2,0 %, 7,8 %, -10,6 %, 4,6 %, 4,5 % et 4,5 % de 2020 à 2025, soit de l’ordre de 2 % par an en moyenne sur la période (Analyses et Synthèses n° 180, 30 juin 2026). Un chiffre à garder en tête quand une page annonce 9 % « en moyenne ».

3. Le rendement net qui vous reste

C’est le seul qui décide de votre capital final, et c’est celui que personne n’affiche. Il part de la performance des supports et retranche les frais d’entrée, les frais de gestion du contrat, ceux du fonds interne le cas échéant, et ceux du gérant. Sur une enveloppe luxembourgeoise, ces couches sont plus nombreuses que sur un contrat français en ligne.

La règle de comparaison

Un rendement de fonds en euros se lit net des frais de gestion du fonds, mais brut des prélèvements sociaux et de l’impôt. Si vous comparez deux chiffres, vérifiez d’abord qu’ils sont au même étage. Le détail des étages est chiffré dans notre article sur les taux de l’assurance vie en 2026.

Le texte qui décide

Ce que vous pouvez détenir dépend de votre catégorie, fixée par le régulateur luxembourgeois

Voici le point que les pages qui rankent sur cette requête ne traitent pas, alors qu’il commande tout le reste : au Luxembourg, l’univers d’investissement accessible dans un contrat n’est pas décidé par l’assureur ni par le distributeur. Il est encadré par une lettre circulaire du Commissariat aux Assurances, le régulateur luxembourgeois, qui classe les souscripteurs en cinq catégories.

Cette circulaire vient de changer. La lettre circulaire 26/1, datée du 1er février 2026, est entrée en vigueur ce jour-là et s’applique aux contrats émis à partir de cette date (point 10 du texte). Elle remplace la lettre circulaire 15/3 qui régissait la matière depuis 2015 et que citent encore la plupart des pages en ligne. Les contrats et fonds dédiés antérieurs au 1er février 2026 continuent d’être régis par les règles annexées à leur contrat, sauf avenant.

Extrait de la lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances luxembourgeois définissant les cinq catégories de preneurs d'assurance
Lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances, page 5 : la classification des preneurs en cinq catégories. Capture du document officiel publié sur caa.lu.

Les cinq catégories, et ce qu’elles ouvrent

Le classement repose sur deux conditions cumulatives : le montant investi dans l’ensemble de vos contrats auprès de l’assureur, et la fortune mobilière que vous déclarez. La circulaire définit cette dernière avec précision : « la valeur totale des instruments financiers du preneur augmentée des dépôts bancaires et de la valeur de ses contrats d’assurance-vie et diminuée des dettes de toute nature ». Votre résidence principale n’en fait donc pas partie.

Catégorie Conditions cumulatives Ce que la catégorie ouvre (annexe 1 de la circulaire) Fonds dédié
Catégorie N Catégorie par défaut, aucune condition Fonds externes et fonds internes collectifs de type N. Aucun fonds alternatif, aucun fonds immobilier. Actions d’un émetteur de l’EEE plafonnées à 10 % par émetteur, actions hors zone A sur un marché réglementé hors EEE interdites, OPC d’un pays de l’EEE plafonnés à 25 % par émetteur et 40 % au global. Non accessible
Catégorie A 125 000 € investis et 250 000 € de fortune mobilière Fonds internes collectifs et fonds dédiés de type A. Fonds alternatifs à garanties renforcées admis jusqu’à 20 %. Actions de l’EEE portées à 20 % par émetteur, OPC de l’EEE à 50 % par émetteur sans limite globale, produits structurés indexés sur des taux jusqu’à 25 %. Accessible à partir de 125 000 € de prime
Catégorie B 250 000 € investis et 500 000 € de fortune mobilière Fonds de type B. Fonds alternatifs à garanties renforcées admis jusqu’à 30 %. Actions de l’EEE à 30 % par émetteur, OPC de l’EEE et de la zone A sans limite, actions non cotées de la zone A jusqu’à 20 % au global. Accessible
Catégorie C 250 000 € investis et 1 250 000 € de fortune mobilière Fonds de type C. Le catalogue d’actifs de l’annexe 1 doit être respecté, mais aucune limite globale ni par émetteur n’est imposée par le Commissariat. Une garantie de rachat de 12 mois reste exigée sur les fonds alternatifs et immobiliers. Accessible
Catégorie D 1 000 000 € investis et 2 500 000 € de fortune mobilière Fonds de type D. Investissements possibles sans restriction dans toutes les catégories d’instruments financiers et en comptes bancaires de toute nature, y compris les comptes de métaux précieux, à l’exclusion de tout autre actif. Aucune restriction sur les instruments dérivés. Accessible

Source : lettre circulaire 26/1 du Commissariat aux Assurances, points 2, 7.1.1, 7.3 et annexe 1, en vigueur depuis le 1er février 2026. Les limites reproduites sont des maxima réglementaires : chaque assureur reste libre d’appliquer une politique plus restrictive.

Extrait de l'annexe 1 de la circulaire CAA 26/1 montrant les limites d'investissement en actions et en OPC selon le type de fonds interne
Annexe 1 de la circulaire 26/1 : les limites en actions et en OPC changent colonne par colonne, donc catégorie par catégorie. Capture du document officiel du Commissariat aux Assurances.
La conséquence que personne n’écrit

Si vous restez en catégorie N, l’enveloppe luxembourgeoise ne vous ouvre aucun actif qu’un bon contrat français ne propose pas déjà : ni fonds alternatif, ni fonds immobilier, ni fonds dédié. Vous payez une structure sans accéder à ce qui la justifie. Les « 4 à 9 % » vantés par les pages de la première page de résultats supposent presque toujours une allocation qui n’est pas ouverte à cette catégorie.

Le fonds dédié commence à 125 000 €, et il peut se perdre

Le fonds interne dédié (FID), support géré sur mesure pour un seul souscripteur, est l’argument commercial numéro un de l’enveloppe luxembourgeoise. La circulaire fixe son seuil noir sur blanc : « L’utilisation de fonds dédiés n’est admissible que pour des contrats d’assurances comportant une prime minimale à la souscription de 125.000 euros. » Un contrat dédié peut comprendre plusieurs fonds dédiés, à condition que chacun atteigne 125 000 €.

Deux précisions rarement mentionnées, et qui comptent :

  • Un rachat partiel qui fait passer le contrat sous 125 000 € entraîne son reclassement : il n’est plus un contrat dédié, et l’assureur doit vous en informer ainsi que des conséquences. Une baisse due aux marchés, elle, n’oblige à rien.
  • Les « monnaies virtuelles » ne sont pas éligibles. La circulaire l’écrit en note : Bitcoin, Ripple, Ether et assimilés « ne sont donc pas considérés comme des instruments financiers » au sens de la directive MiFID II, et sortent donc du catalogue, y compris en catégorie D.

Quel rendement pouvez-vous viser dans un contrat luxembourgeois ?

L’outil détermine votre catégorie au sens de la circulaire CAA 26/1, affiche ce qu’elle ouvre, puis chiffre le rendement net après frais et le compare à un contrat français aux frais moyens du marché.



Allocation retenue



Performance annuelle brute des unités de compte, avant frais du contrat



Frais d’entrée prélevés sur le versement



Frais de gestion annuels du contrat, toutes couches confondues



Durée de détention



Capital au terme, contrat luxembourgeois

221 415 €

Sur 150 000 € versés, pendant 15 ans

Catégorie A

Rendement net annualisé

2,63 %

Coût total des frais sur la durée

21 287 €

Contrat français de référence

221 415 €

Écart

0 €

Catégorie A. Fonds internes collectifs et fonds dédiés de type A. Fonds alternatifs à garanties renforcées admis jusqu’à 20 %. Actions de l’EEE portées à 20 % par émetteur, OPC de l’EEE à 50 % par émetteur sans limite globale, produits structurés indexés sur des taux jusqu’à 25 %.

Fonds interne dédié

Fonds dédié accessible sur ce montant de prime, sous réserve de l’accord de l’assureur et de sa politique commerciale.

Performance brute annuelle de l’allocation3,26 %

Frais de gestion annuels retenus0,63 %

Rendement annuel net de frais de gestion2,63 %

Prime réellement investie après frais d’entrée150 000 €

Sur ces hypothèses, l’enveloppe retenue laisse le même capital que la référence française : c’est le point d’équilibre, atteint quand les frais sont identiques.

Hypothèses de calcul et limites de l’outil
  • Poche en euros : 3,26 % brut par an. C’est le taux moyen servi en 2025 (2,63 %) augmenté du chargement de gestion moyen constaté la même année (0,63 %), tels que publiés par l’ACPR dans ses Analyses et Synthèses n° 180 du 30 juin 2026. Le calcul retranche ensuite les frais de gestion que vous choisissez, ce qui permet de comparer deux enveloppes sur la même base.
  • Contrat français de référence : mêmes supports, aucun frais d’entrée, 0,63 % de frais de gestion annuels. Ce n’est pas un contrat existant, c’est le repère moyen du marché français.
  • Performance des unités de compte : hypothèse constante et identique chaque année, ce qui n’arrive jamais dans la réalité. Les unités de compte ne comportent aucune garantie en capital et peuvent perdre de la valeur. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
  • Non pris en compte : prélèvements sociaux, impôt sur le revenu, frais d’arbitrage, frais de dépositaire facturés séparément, commissions de surperformance, versements complémentaires et rachats en cours de contrat.
  • La catégorie affichée applique littéralement les seuils du point 2 de la circulaire 26/1. Un assureur peut refuser une fortune mobilière déclarée qu’il juge invraisemblable, et un souscripteur peut demander à être classé dans une catégorie inférieure.
  • Cet outil produit une projection pédagogique, pas une simulation contractuelle ni un conseil en investissement.

Le fonds en euros

Le fonds en euros « luxembourgeois » est presque toujours un fonds français

C’est la partie la plus vérifiable du dossier, et la plus rarement écrite. Un assureur luxembourgeois qui propose une poche en euros à un épargnant français ne construit généralement pas son propre fonds général : il s’adosse à celui d’un assureur français, par un mécanisme de réassurance.

La preuve est publique. Sur son site institutionnel, Sogelife, société d’assurance luxembourgeoise dont le siège social est 11 avenue Émile Reuter à Luxembourg, publie une actualité intitulée « Reporting Sécurité Euros Sogecap-Antarius », mise en ligne le 12 février 2026. Le document qu’elle propose au téléchargement décrit les supports en euros de Sogécap : la mention légale en dernière page indique une « SA d’assurance sur la vie et de capitalisation », « entreprise régie par le code des assurances », immatriculée au RCS de Nanterre, dont le siège est à Paris La Défense.

Page du site de l'assureur luxembourgeois Sogelife publiant le reporting du support en euros Sogecap-Antarius
Le document publié par l’assureur luxembourgeois Sogelife pour décrire son support en euros est le reporting d’un fonds de Sogécap, société française. Capture de sogelife.com réalisée le 5 août 2026.
Un coffre-fort ouvert contenant un second coffre-fort identique mais plus petit, image du fonds en euros luxembourgeois adossé à un fonds français
Ouvrir le fonds en euros luxembourgeois, c’est souvent trouver un fonds en euros français à l’intérieur. Illustration originale quelleassurancevie.com.

Cette mécanique explique tout le reste. Puisque le moteur est français, le taux servi suit celui du fonds français, diminué de la couche de frais que l’enveloppe luxembourgeoise ajoute par-dessus. Il n’existe aucune raison structurelle pour qu’un fonds en euros logé au Luxembourg batte le même fonds distribué en France, et les relevés publiés le confirment : les taux 2025 relevés sur les principaux contrats luxembourgeois s’échelonnent de l’ordre de 2,3 % à 3,4 %, de part et d’autre de la moyenne française de 2,63 %, sans surperformance de catégorie.

2,63 %

Taux moyen de revalorisation des fonds en euros au titre de 2025, versé début 2026, toutes bonifications comprises (ACPR, Analyses et Synthèses n° 180, 30 juin 2026). Un assuré qui ne bénéficie d’aucune bonification reçoit moins que cette moyenne.

Le réflexe de vérification

Avant de retenir un chiffre, demandez à l’assureur ou au distributeur quel fonds en euros porte réellement la poche garantie de son contrat, et qui en est le réassureur. La question est légitime et la réponse existe : la circulaire 26/1 impose que les conditions générales prévoient votre droit de recevoir chaque année, sans frais, « la liste exhaustive de tous les actifs sous-jacents » à votre contrat.

Les frais

Les frais de l’enveloppe, et une nouveauté de février 2026 sur les « réductions de rendement »

Le rendement affiché est une chose, le rendement encaissé en est une autre. Sur un contrat luxembourgeois, les couches de frais s’empilent plus facilement que sur un contrat français en ligne : frais d’entrée sur le versement, frais de gestion du contrat, frais du fonds interne, frais du gestionnaire financier quand un mandat est confié, frais de la banque dépositaire, et éventuelles commissions de surperformance.

Exemple chiffré, entièrement recalculable

150 000 € versés sur une poche 100 % en euros, pendant 15 ans, à 3,26 % brut par an.

Contrat français de référence, 0 % d’entrée et 0,63 % de gestion221 415 €

Même épargne, 4,5 % de frais d’entrée et 1,50 % de gestion186 102 €

Coût de la structure sur 15 ans35 313 €

Autrement dit, sur cette configuration, il faut que l’enveloppe luxembourgeoise vous donne accès à quelque chose qui vaille 35 000 € sur quinze ans. Pour un souscripteur de catégorie C ou D qui accède à des actifs réellement inaccessibles ailleurs, c’est défendable. Pour un souscripteur de catégorie N, la question se pose autrement.

Ce que le régulateur luxembourgeois a ajouté le 1er février 2026

La circulaire 26/1 consacre un point entier, le point 9, aux réductions de rendement publiées dans les documents d’information clé. Le texte rappelle que ces réductions doivent être affichées « de manière exacte, loyale, claire et non trompeuse » et exige qu’elles « reflètent fidèlement la réalité des réductions de rendement observées » sans s’écarter significativement des résultats constatés.

Il va plus loin : lorsque les réductions de rendement sont matériellement affectées par des commissions de surperformance sur certains supports sous-jacents, l’assureur doit conduire une analyse explicite de la « Value for Money » de ces supports, comprenant un calcul de rentabilité et de volatilité annualisées, un backtesting des performances et des coûts sur données historiques réelles, et la distribution statistique de la rentabilité annualisée.

Traduction pratique pour vous : le document d’information clé (KID) d’un contrat luxembourgeois est désormais l’endroit où lire l’impact des frais sur le rendement, et le régulateur s’est donné les moyens de contester un chiffre trop flatteur. C’est le document à réclamer avant de signer, plus que la plaquette commerciale.

La sécurité

Ce que la garantie couvre, et ce qu’elle ne couvre pas

Le rendement ne se juge pas sans le risque qui va avec. Sur ce terrain, l’enveloppe luxembourgeoise est réellement différente d’un contrat français, mais pas exactement comme on le lit souvent.

Le fonds de garantie français ne joue pas

L’article L. 423-1 du code des assurances, dans sa version en vigueur depuis le 24 mai 2019, réserve l’adhésion au fonds de garantie aux « entreprises agréées en France soumises au contrôle de l’État en vertu de l’article L. 310-1 ». Un assureur luxembourgeois n’en fait pas partie : l’indemnisation plafonnée à 70 000 € par personne et par entreprise ne s’applique pas à votre contrat.

Le privilège luxembourgeois joue, sans plafond

L’article 118 de la loi luxembourgeoise du 7 décembre 2015 sur le secteur des assurances dispose que les actifs représentatifs des provisions techniques « constitue[nt] un patrimoine distinct affecté par privilège à la garantie du paiement des créances d’assurance », et que ce privilège « prime tous les autres privilèges » dès leur inscription à l’inventaire permanent. Il n’y a pas de plafond légal.

La nuance de l’article 119

Si ce patrimoine distinct est insuffisant, les preneurs conservent une créance privilégiée pour le surplus, mais ce second privilège, lui, ne prime pas tout : il cède devant certains privilèges du Code civil, devant le Trésor, les communes, les organismes de sécurité sociale et les chambres professionnelles. Le rang absolu vaut sur les actifs cantonnés, pas au-delà.

Le risque de marché reste entier

Aucun de ces mécanismes ne protège contre une baisse des supports. Le privilège organise qui est payé en priorité si l’assureur fait défaut ; il ne garantit pas la valeur des unités de compte, qui ne comportent aucune garantie en capital. Sur un fonds dédié, l’intégralité du risque de placement est supportée par vous.

Le mécanisme complet de cantonnement, souvent appelé triangle de sécurité, et la façon dont il s’articule avec la banque dépositaire agréée par le Commissariat sont détaillés dans notre guide de l’assurance vie luxembourgeoise pour non-résident. Pour la comparaison point par point avec un contrat français, voir dans quels cas le Luxembourg est vraiment intéressant.

La fiscalité

La fiscalité française ne change pas d’un centime

Un contrat luxembourgeois souscrit par un résident fiscal français reste soumis à la fiscalité française de l’assurance vie. La localisation de l’assureur ne crée aucun avantage fiscal en France, et le contraire relèverait de la fraude.

  • Les gains sont imposés comme sur un contrat français lors des rachats, avec l’abattement annuel après huit ans et le régime du prélèvement forfaitaire. Le détail se trouve dans notre article sur l’imposition de l’assurance vie.
  • Les prélèvements sociaux restent à 17,2 % en 2026. La hausse à 18,6 % introduite par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 ne concerne pas les produits attachés aux contrats d’assurance vie comportant une valeur de rachat. Beaucoup de pages se trompent sur ce point ; le calcul complet est détaillé dans notre article sur les prélèvements sociaux de l’assurance vie.
  • Le contrat doit être déclaré chaque année. L’article 1649 AA du code général des impôts impose de déclarer les contrats souscrits auprès d’organismes établis hors de France, en même temps que la déclaration de revenus. L’article 1766 du même code sanctionne l’omission d’une amende par contrat et par année non prescrite.
Attention aux risques, et ils sont réels

Les unités de compte, les fonds internes dédiés et les fonds d’assurance spécialisés ne comportent aucune garantie en capital : vous supportez seul le risque de placement et pouvez perdre une partie de votre épargne. Les frais s’appliquent quelle que soit la performance, y compris les années de baisse. Un arbitrage peut être facturé. Un rachat partiel peut faire perdre l’accès au fonds dédié. Les performances passées ne préjugent en rien des performances futures. Cet article est une information générale et ne remplace pas l’avis d’un conseiller en investissements financiers ou d’un professionnel du patrimoine.

Questions fréquentes sur le rendement de l’assurance vie luxembourgeoise

Le rendement d’une assurance vie luxembourgeoise est-il meilleur qu’en France ?

Sur la poche en euros, non, et il n’y a pas de raison structurelle pour qu’il le soit : le fonds en euros d’un contrat luxembourgeois est le plus souvent adossé par réassurance au fonds d’un assureur français, avec une couche de frais supplémentaire. Sur les unités de compte, la question n’a pas de sens en tant que telle, puisque la performance dépend des supports choisis et non du pays de l’assureur. Ce que le Luxembourg apporte réellement, c’est un univers d’investissement plus large à partir d’un certain niveau de patrimoine, pas un taux supérieur.

D’où viennent les « 4 à 9 % » annoncés par plusieurs sites ?

De la performance passée d’allocations en unités de compte, présentées par profil (prudent, équilibré, dynamique). Ce ne sont ni des taux garantis, ni des taux servis, ni des engagements. À titre de comparaison, l’ACPR mesure la performance moyenne des unités de compte, tous supports confondus, à environ 2 % par an entre 2020 et 2025, avec une année à -10,6 % en 2022. Un chiffre affiché sans période, sans allocation précise et sans mention des frais n’est pas exploitable.

Quel montant minimum faut-il pour une assurance vie luxembourgeoise ?

La réglementation ne fixe pas de minimum pour souscrire, mais elle en fixe un pour accéder au fonds dédié : 125 000 € de prime à la souscription, selon le point 7.3.1 de la circulaire CAA 26/1. Les seuils de catégorie, eux, combinent prime et fortune mobilière : 125 000 € et 250 000 € pour la catégorie A, jusqu’à 1 000 000 € et 2 500 000 € pour la catégorie D. En pratique, les assureurs appliquent souvent leurs propres tickets d’entrée, supérieurs à ces minima réglementaires.

La circulaire 26/1 s’applique-t-elle à mon contrat déjà ouvert ?

Non par défaut. Le point 10 précise que la circulaire s’applique aux contrats émis à partir du 1er février 2026, et que les contrats et fonds dédiés existant avant cette date continuent d’être régis par les règles d’investissement annexées à leur contrat, issues des circulaires 95/3, 01/8, 08/1 ou 15/3. Ces annexes peuvent être modifiées par avenant pour refléter les nouvelles règles, mais cela suppose une démarche.

Puis-je détenir des cryptomonnaies dans un contrat luxembourgeois ?

Pas en direct. La circulaire 26/1 indique en note de son annexe 3 que les « monnaies virtuelles » telles que Bitcoin, Ripple ou Ether sont « une représentation numérique de valeur qui n’est ni émise, ni garantie par une banque centrale ou une autorité publique » et qu’elles « ne sont donc pas considérées comme des instruments financiers ». Or les fonds dédiés de type D, les plus permissifs, sont précisément limités aux instruments financiers et aux comptes bancaires, « à l’exclusion toutefois de tout autre actif ».

Mon capital est-il mieux protégé au Luxembourg qu’en France ?

Différemment. En France, le fonds de garantie des assurés indemnise à hauteur de 70 000 € par personne et par entreprise, mais seulement pour les entreprises agréées en France. Au Luxembourg, il n’y a pas de fonds de garantie de ce type : il y a un privilège de premier rang, sans plafond, sur les actifs cantonnés chez une banque dépositaire agréée. Un plafond bas mais un fonds mutualisé d’un côté, aucun plafond mais une créance sur des actifs identifiés de l’autre. La question de ce que couvre exactement une garantie en capital est traitée dans notre article sur l’assurance vie sans perte de capital.

Comment juger une performance annoncée par un distributeur luxembourgeois ?

Trois questions suffisent à trier. Sur quelle période exacte porte le chiffre, et inclut-il 2022 ? S’agit-il d’un taux servi sur un fonds en euros ou de la performance passée d’une allocation ? Le chiffre est-il net des frais du contrat, ou seulement net des frais du support ? Ajoutez-y la lecture du document d’information clé, dont la circulaire 26/1 durcit précisément les exigences sur les réductions de rendement.

Ce qu’il faut retenir

Le « rendement de l’assurance vie luxembourgeoise » n’est pas un nombre. C’est une addition de choix, dont le premier ne dépend même pas de vous : votre catégorie au sens de la circulaire CAA 26/1 décide de l’univers d’actifs que vous pouvez atteindre, et donc de la performance que vous pouvez espérer.

En dessous de 125 000 € de prime et de 250 000 € de fortune mobilière, l’enveloppe luxembourgeoise n’ouvre rien de plus qu’un bon contrat français, tout en coûtant souvent plus cher. Au-delà, elle donne accès à des supports réellement indisponibles ailleurs, et c’est cet accès, pas un taux supérieur, qui justifie éventuellement la différence de frais. La poche en euros, elle, reste ce qu’elle est : un fonds français, servi au travers d’une structure luxembourgeoise.

Alors, Luxembourg ou France ?

Une fois le rendement remis à sa place, la vraie question devient celle de la pertinence de l’enveloppe pour votre situation. Notre comparatif détaille les cas où le contrat luxembourgeois apporte quelque chose, et ceux où il n’apporte rien.

Comparer le contrat luxembourgeois et le contrat français

Sources primaires. Commissariat aux Assurances, lettre circulaire 26/1 relative aux règles d’investissements pour les produits d’assurance-vie liés à des fonds d’investissement, 1er février 2026 (points 2, 7.1.1, 7.3.1, 9, 10, annexes 1 et 3). Loi luxembourgeoise modifiée du 7 décembre 2015 sur le secteur des assurances, articles 118 et 119, version coordonnée au 3 avril 2026. Code des assurances, article L. 423-1, version en vigueur depuis le 24 mai 2019. Code général des impôts, articles 1649 AA et 1766. ACPR, Analyses et Synthèses n° 180, « Les taux de revalorisation des contrats individuels d’assurance vie au titre de 2025 », 30 juin 2026. Sogelife, « Reporting Sécurité Euros Sogecap-Antarius », document daté de décembre 2025, mis en ligne le 12 février 2026. Taux 2025 des contrats luxembourgeois relevés le 5 août 2026 sur les tableaux publiés par Finance Héros (mise à jour du 5 juin 2026) et Finary (mise à jour du 4 juin 2026).

Article publié le 5 août 2026. Les taux cités sont ceux servis au titre de 2025 et versés début 2026 : les taux au titre de 2026 ne seront connus qu’au premier trimestre 2027, et les statistiques de l’ACPR les concernant ne paraîtront pas avant le milieu de la même année.

Amandine Carpentier

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